Romney, Monsanto et les « portes tournantes » républicaines

Le secret qui entoure le passé professionnel de Mitt Romney, le candidat républicain à la présidence américaine, se dissipe progressivement et fait couler beaucoup d’encre outre-atlantique. Avant de se trouver sur le devant de la scène politique, le jeune Romney, fraîchement diplômé en business de Harvard, travaillait pour un cabinet de conseil de Boston, Bain & Company, lequel avait comme plus gros client.... Monsanto.

C’est en 1977 qu’a débuté « la romance entre Monsanto et Romney » selon une enquête publiée par The Nation, le 14 septembre dernier et intitulé « Romney, the Monsanto man ». Romney, tout juste 30 ans à l’époque, devient rapidement l’homme de référence de Monsanto au sein du cabinet Bain en raison de sa promptitude à intégrer les aspects techniques du business de l’industrie chimique. Il est tellement apprécié du directeur général de Monsanto, John W. Hanley, que celui-ci décide, en accord avec Bill Bain, de créer Bain Capital, une branche de Bain, dirigée par Romney, et verse 1million de dollars pour amorcer l’affaire. Cette romance a duré jusqu’en 1985, et s’est interrompue quand le nouvel homme à la tête de Monsanto, Richard Mahoney décida de se passer des services de Romney et de Bain.

En 1976, un an avant que Romney ne commence à travailler chez Bain pour Monsanto, le Congrès américain votait une loi interdisant les PCB suite à plusieurs accidents industriels, notamment sur le site de production de Monsanto à Anniston en Alabama. Monsanto se trouvait alors dans la tourmente de poursuites judiciaires tant pour les PCB que pour l’Agent Orange, tous deux contenant de hautes teneurs en dioxine ayant contaminée des populations civiles et des vétérans du Vietnam. Face au scandale de la dioxine, le Dr Earl Beaver, alors superviseur des déchets pour Monsanto, se souvient que le cabinet Bain, et en particulier Romney, recommandèrent à leur client de renforcer leurs activités «  sur les affaires qui ne provoquaient pas des perceptions négatives », telles que les productions des « sciences de la vie » et l’agriculture.

Alors que le Roundup est déjà en vente depuis 1975, ce changement radical vers les « sciences de la vie », débute véritablement avec l’arrivée du biologiste Howard Schneiderman à la tête du département de recherche de Monsanto en 1979. Graham, un Supérieur de Romney dans l’équipe qui travaillait avec Monsanto se rappelle avec excitation cette époque. « Nous rencontrions Haley et les directeurs plusieurs fois par semaine. Notre plus grande contribution est d’avoir identifié le fait que la plus grosse opportunité commerciale était de proposer un tout nouveau produit à l’industrie agricole américaine, des nouvelles semences de soja etc.. » rapporte The Nation. En 1981, alors que Bain et Romney participent pleinement aux choix stratégiques de la firme, les biotechnologies deviennent «  la priorité stratégique en recherche de Monsanto ». Suite à ces conseils, l’entreprise investit des centaines de millions de dollars dans les hormones bovines, les pesticides et les semences génétiquement modifiées.

Dans les décennies suivantes, Monsanto transfère progressivement ses activités relatives à la chimie industrielle et autres productions pharmaceutiques vers des filiales comme Solutia (pour les PCB) et Nutrasweet (l’ex Searle Company, productrice de l’aspartame) qui seront soit démantelées soit revendues, dégageant ainsi Monsanto de toutes poursuites potentielles contre ses anciens produits. Avec le rachat de Seminis en 2005, Monsanto achève sa mue et devient le leader mondial des semences conventionnelles et transgéniques confondues.

Le cercle des amis de Monsanto

En mars 2012, durant les primaires républicaines, Romney a nommé un Comité de Conseil en Agriculture où se bousculent des hommes de pailles ayant des liens avec Monsanto, notamment le principal lobbyiste de la compagnie, Randy Russel. Romney entretient aussi des relations étroites avec trois conseillers républicains du Missouri, là où est installé le siège de Monsanto, le sénateur Roy Blunt, l’ancien gouverneur Matt Blunt, et l’ancien sénateur Jim Talent ayant tous reçu des dons de Monsanto et ses filiales pour financer leurs campagnes locales. Durant ces années de mandat, Matt Blunt a si bien fait la promotion des produits de Monsanto que le PDG de la firme l’a distingué d’un «  prix du leadership » attribué par la Biotechnology Industry Organization, un groupe pro-biotech soutenu par Monsanto.

Parmis les proches conseillers de Romney se trouve également, Mike Johanns, sénateur du Nébraska et ancien Secrétaire à l’agriculture de Georges Bush. En 2005, alors qu’il était à la tête de l’USDA (Ministère US de l’Agriculture), Johanns autorisa la mise sur le marché de la luzerne GM de Monsanto (Alfalfa J101 et J163 ) sans la moindre étude d’impact environnemental. Une décision qui déclencha une immense bataille juridiciaire entre les différentes instances du pays, conduisant dans un premier temps au retrait du produit de Monsanto en 2007, puis à sa réautorisation, suite à un avis de la Court Suprême en 2011...

Dans ce comité se trouvaient également Chris Policinski, directeur général de Land O’ Lakes (partenaire de Monsanto dans la commercialisation de la luzerne GM et client du cabinet de Russel), et Chuck Conner du Conseil National des Coopératives Agricoles (NCFC) très lié à Land O’ Lakes. Conner et Policinski ont publiquement soutenu Monsanto en 2010 quand la firme se démenait auprès de l’USDA pour obtenir l’autorisation de commercialiser sa luzerne GM. Tom Nassif, de l’Association des Cultivateurs de l’Ouest qui reçoit desdons annuels de Monsanto, et A.G Kawamura, ancien secrétaire à l’Agriculture de l’Etat de Californie, qui a fait la promotion de la luzerne GM de Monsanto en dépit de l’opposition de Cour fédérale de San Francisco, faisaient aussi partie de ce comité nommé par Romney.

Quelque soit le camp, comme l’a montré cette bataille pour la luzerne qui a rallié tant le camp républicain que démocrate, la culture d’OGM reste un sujet largement consensuel parmi les hommes du congrès américain. Lors de la précédente campagne présidentielle, Barack Obama n’avait pas hésité à se déclarer en faveur des modifications génétiques sur les plantes tout en ajoutant la nécessité de les « encadrer par des analyses poussées sur les effets sur la santé et sur l’environnement ». Il s’était également assuré les services en tant que conseiller de Gilbert Ommen, un ancien directeur de Monsanto.

En ce moment même, l’Etat de Californie organise un référendum pour la transparence et l’étiquetage des produits alimentaires contenant des OGM. Les politiciens de tous bords s’opposant à cette demande, pourtant majoritaire dans les sondages, peuvent compter sur le soutien financier de Monsanto qui vient d’offrir une contribution dépassant les7 millions de dollars pour financer la campagne en faveur du « non ». Paradoxalement, aux Etats-Unis, l’octroi de fonds à usage politique semble plus transparent que le contenu des assiettes...

Retrouvez l’enquête de The Nation Mitt Romney, The Monsanto Man par Wayne Barrett, 12 Septembre, 2012

Source : Club Médiapart