Le conseil d’administration de l’AESA accusé de conflit d’intérêt

Une étude du Corporate Europe Observatory (CEO ou Observatoire de l’Europe Industrielle) [1], publiée le 23 février 2011, apporte les preuves des liens entre quatre membres du conseil d’administration de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (AESA) et l’industrie alimentaire et agricole, dévoilant une fois de plus de graves conflits d’intérêt dans cet organisme de contrôle « indépendant ».

Pour le CEO, ces liens compromettent gravement l’indépendance de l’AESA, responsable de l’évaluation de la sécurité des aliments commercialisés en Europe et notamment les très controversés OGM (Organismes Génétiquement Modifié).

Cette nouvelle étude révèle que Milan Kováč, membre du conseil d’administration de l’AESA, est aussi le directeur Europe de l’Institut International des Sciences de la Vie (ILSI – International Life Science Institute). L’ILSI est un institut financé par l’industrie, chargé de promouvoir une science au service des intérêts industriels. Milan Kováč est aussi membre du conseil scientifique du European Food Information Council, un think-tank financé lui-aussi par l’industrie agro-alimentaire.

Selon ce même rapport, Matthias Horst, membre du conseil d’administration de l’AESA, est également le directeur général de la Fédération des Industries allemande d’aliments et de boissons, représentant les intérêts de gros industriels tel que Nestlé, Coca-Cola, Kraft, Mars et Unilever.

Jiří Ruprich, autre membre de l’AESA, est aussi membre du comité scientifique de l’Institut Danone - République Tchèque, une organisation à but non lucratif financée par le géant français de l’alimentation. Cet institut est chargé de promouvoir la recherche nutritionnelle auprès des professionnels de la santé et de l’éducation.

Le rapport révèle également que Piet Vanthemsche, membre de l’AESA, est un membre éminent de COPA, l’union et la voix des agriculteurs industriels européens. Il est également titulaire d’un poste de direction dans un fond d’investissement agricole, qui a des intérêts dans l’industrie de la viande et l’alimentation animale à base d’OGM.

En tant que membres du conseil d’administration, ces messieurs participent à la détermination du budget et des programmes de travail de l’AESA mais aussi à la nomination du directeur exécutif ainsi qu’à celles des groupes d’experts scientifiques.

Olivier Hoedman, coordinateur de recherche au CEO, pense que : « Ces liens avec l’industrie posent de vraies questions sur l’indépendance de l’AESA. Les membres de l’AESA que nous citons dans notre rapport sont en situation réelle de conflit d’intérêt. Comment pouvons-nous croire qu’ils agissent dans l’intérêt du bien commun dans une agence indépendante de sécurité alimentaire quand, dans le même temps, ils ont des liens étroits avec l’industrie agroalimentaire et sont, parfois, payés pour promouvoir les mêmes produits que l’Agence doit évaluer ? »

Ces dernières allégations sortent après que la directrice de l’AESA, Diana Bánáti, ait été appelée à démissionner de l’AESA en raison d’un conflit d’intérêt relatif à son travail pour l’ILSI [2]. Elle a fini par démissionner de son poste de l’ILSI en octobre 2010 [3].

CEO réclame un changement profond des règlements régissant l’AESA. Olivier Hoedman estime que la Commission européenne doit réviser les règlements et introduire des règles strictes de déontologie et de procédures pour éviter les conflits d’intérêts des membres du conseil d’administration, des employés et des experts externes de l’AESA.

Source : Traduction du communiqué de presse du Corporate Europe Observatory, 23 février 2011





[3EFSA Management Board statement, 21 October 2010.