Le cercle vicieux des pesticides

Depuis plus de dix ans, l’organisation américaine à but non lucratif "Grist" se préoccupe du devenir de la planète. Elle révèle notamment comment l’industrie chimique agricole entre dans une nouvelle ère, mais pas forcément pour le bien de la santé publique.

"Un phare dans la nuit", c’est ainsi que se définit l’association américaine Grist qui signifie "blé à moudre". Attirant chaque mois une audience importante - actuellement 381’000 visiteurs par mois -, l’organisation est active sur de nombreux thèmes qui touchent à l’environnement ou à la santé alimentaire de nos produits. Elle s’attache surtout à faire des liens et à créer des analyses pertinentes entre de grandes problématiques, telle que le changement climatique, et la vie quotidienne. Pour ce faire, elle s’appuie entre autre sur les témoignages de ses lecteurs.

Dernièrement, Tom Philpott, éditorialiste sur le site Grist a publié un sujet intitulé : "Comment l’industrie chimique industrielle transforme un échec en opportunité de marché". Au centre de son analyse se trouve le Roundup, le produit phare de l’entreprise chimique Monsanto, également leader du marché des semences OGM. 

Le Roundup est un herbicide puissant qui a été breveté en 1969 par les chimistes de Monsanto et commercialisé à partir de 1975. Il a connu un succès sans appel auprès des agriculteurs professionnels et des jardiniers amateurs à cause de son efficacité radicale. Conjointement à ce produit, Monsanto a développé des cultures dites "Roundup Ready", c’est-à-dire génétiquement modifiées pour résister à l’épandage du produit sur la plante.

La firme américaine fait l’objet d’enquêtes et de poursuites pénales, notamment parce qu’elle a menti sur la biodégradabilité et l’innocuité du Roundup. Dès 1996, la firme a été condamnée pour publicité mensongère par le Bureau de la répression des fraudes de l’Etat de New York. Promouvant une dégradation rapide du produit et une non-toxicité pour les consommateurs les publicités de Monsanto étaient clairement fallacieuses.

Ce qui est plus surprenant comme l’évoque Tom Philpott c’est que : "la technologie Roundup Ready n’a pas conduit la guerre entre les pesticides et les mauvaises herbes à un match nul, comme l’a prétendu Monsanto ; à la place, c’est l’escalade. Ce que les écologistes appellent le cercle vicieux des pesticides s’est accéléré - à la grande joie de l’industrie agrochimique et au détriment des terres, des agriculteurs et des consommateurs."

Pour l’éditorialiste de Grist l’augmentation de la résistance de certaines plantes au Roundup n’a pas contribué à développer une remise en cause du système d’agriculture intensive fondée sur le contrôle chimique des cultures. Au contraire, l’échec et les difficultés du Roundup incitent les grandes entreprises agrochimiques à investir massivement dans la recherche.

Sur le même sujet, le Wall Street Journal titrait dans son édition du 4 juin : "Les super mauvaises herbes déclenchent une course à l’armement" ("Superweed Outbreak Triggers Arms Race"). Il rapporte que Dow Chemical, DuPont, Bayer, BASF et Syngenta sont en train de dépenser des centaines de millions de dollars pour développer des graines de soja, de coton et de maïs génétiquement modifiées, afin de survivre aux herbicides qu’ils produisent.

Toujours selon le quotidien américain, certaines entreprises travaillent sur la réintroduction d’anciens herbicides tels que le 2,4-D ou le dicamba, tous deux nocifs pour la santé humaine. Le journal rapporte que Dow Chemical voit dans l’inefficience du Roundup l’opportunité de donner une seconde vie au 2,4-D : "Dow espère à partir de 2013 pouvoir vendre des graines pour la culture du maïs qui ne seront pas affectées si les agriculteurs épandent du 2,4-D sur leurs champs."

Ces propos prennent une résonnance particulière lorsqu’on considère la tentative récente du président de la Commission européenne José Manuel Barroso d’avancer dans le dossier des autorisations de cultures OGM en Europe. La Commission subit, semble-t-il, la pression et l’inquiétude des industriels tels que le groupe suisse Syngenta, Monsanto ou encore Pioneer. Une proposition visait à laisser chaque pays libre de choisir lui-même sa politique. Elle a toutefois été durement critiquée par le ministre français de l’Environnement Jean-Louis Borloo, qui réclame des contrôles et des analyses strictes en la matière avant d’autoriser une variété transgénique. D’après l’AFP, cette proposition, qui sera déposée officiellement le 13 juillet, devrait être refusée.

Source : Bluewin.ch, 14 août 2010