Dieu et les OGM

Il faut être devenu « Dieu Omniscient Soi-même » pour savoir à quoi ressemblera un monde truffé d’OGM, concluait il y a quinze jours mon voisin de chronique Claude Monnier.

Je me permets de le rassurer : il n’y a rien de théologique dans cette affaire. Juste un formidable business qui fait main basse sur les semences du monde, en s’arrogeant le droit de breveter et de privatiser le patrimoine de l’humanité.

Pour avoir un avant-goût du monde que nous préparent Monsanto, Syngenta, DuPont/Pioneer ou BASF, on peut déjà aller faire un petit tour en Argentine, où le soja transgénique et les tonnes d’herbicide qu’il exige virent au cauchemar national. Et en Inde où quelques années après l’introduction du coton Bt transgénique, les paysans, pris à la gorge par un endettement sans issue, se suicident par dizaines de milliers. Et en Afrique où Monsanto se sert du Burkina Faso comme tête de pont pour pénétrer le marché du coton, malgré les résistances.

Une offensive planétaire donc, assortie de pressions insensées. En voyant comment l’Union européenne peine à résister aux assauts des multinationales agrochimiques qui fabriquent des OGM, on comprend à quel point des pays économiquement sinistrés et politiquement fragiles se retrouvent sans défense face à une force de frappe qui utilise tous les moyens pour imposer ses produits ; avec l’appui de l’administration américaine, la fondation Bill Gates, la Banque mondiale, l’USAID, et beaucoup d’autres.

Pourtant, depuis des temps immémoriaux, les paysans produisent leurs propres semences, les échangent, les améliorent. Mais cela ne sera bientôt plus possible : il s’agira de racheter chaque année les semences brevetées, estampillées Monsanto ou Syngenta, beaucoup plus chères. Et problématiques : le 6 mars dernier, le newsmagazine India Today annonçait que Monsanto reconnaissait la faillite de son coton Bt et les ravages qu’il engendre en Inde.

Pas besoin d’être « Dieu omniscient », donc, pour prédire que des catastrophes génétiques se profilent à l’horizon. Il est d’ailleurs piquant de constater que les mêmes firmes qui imposent partout leurs semences clonées fabriquées à l’identique, financent à coups de milliards de dollars une chambre forte souterraine en béton sur l’archipel norvégien du Spitzberg, près du pôle Nord, où sont stockées toutes les variétés des graines du monde. Le 15 mars dernier, on apprenait que cette « Arche de Noé verte » avait déjà recueilli les semences de 500 000 espèces végétales, après seulement deux ans d’existence. C’est dire si on peut attendre le déluge en paix.

Source : Catherine Morand, Le Matin Dimanche, le 03 avril 2010