Bruxelles complaisant avec les OGM ?

L’histoire peut paraitre banale, tant elle devient récurrente. L’affaire des « portes tournantes » qui a récemment ébranlé la nouvelle commission européenne, n’est pas en effet sans nous rappeler le parcours de Michael R. Taylor, actuel directeur de la section sécurité alimentaire de la FDA (Food and Drug Administration) et ancien membre et avocat du groupe Monsanto.

Simple exemple des pratiques d’influence outre atlantique, ce cas n’en reste pas moins similaire des conflits d’intérêts que connait l’administration européenne. Entre 2003 et 2008, Suzy Renckens a dirigé l’unité OGM (groupe de 21 experts chargés de réfléchir aux risques sanitaires des organismes génétiquement modifiés) de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (AESA). L’Union européenne appliquant un certain principe de précaution a chargé cet organisme officiel de rendre un avis pour autoriser ou non la culture ou l’importation de plantes transgéniques sur le sol européen. Or, deux mois après son départ de cet organisme, en Mai 2008, Suzy Renckens est devenue Responsable des affaires réglementaires de biotechnologie pour la société suisse Syngenta, l’un des leaders mondiaux de fabricants d’OGM. Sa mission se résume ainsi aujourd’hui à exercer un lobbying auprès des instances européennes.

Un tel conflit d’intérêts ne pouvait passer inaperçu, et fut relevé par quatre ONG : TestBiotech, Corporate Europe Observatory, Lobbycontrol et Les amis de la Terre. En outre, le droit théoriquement applicable permettait aux institutions européennes dans les deux ans suivant l’échéance du contrat de Mme Renckens de donner leur autorisation à toute nouvelle embauche. Ceci aurait du s’appliquer d’autant plus que le nouvel employeur de la fonctionnaire européenne travaille régulièrement avec l’AESA.

Aucune objection ni restriction n’ayant été émise sur cette embauche et l’AESA supportant par ailleurs des critiques quant à sa procédure d’expertise et ses arguments jugés trop faibles, est mise à mal. Bruxelles serait elle coupable d’une certaine bienveillance par rapport aux OGM ? La récente acception européenne de la culture de la pomme de terre transgénique laisse la question ouverte et invite à une réflexion sur l’indépendance de nos institutions communautaires.


Source :
Anne-Sophie Colleaux, knowckers.org, le 18 mars 2010