La pomme de terre OGM de la peur

Cette pomme de terre est-elle destinée à la consommation ?

Dans la foulée de l’annonce de Bruxelles d’autoriser la culture de la pomme de terre Amflora, et face à la vague de protestations qu’elle a
soulevée , BASF a publié un communiqué. Il assure que cette pomme de terre "a un usage strictement industriel pour la production d’amidon" : "Elle n’est pas destinée à l’alimentation. Cette autorisation fait suite à 13 ans de processus réglementaire et d’expertise." L’amidon d’Amflora rend le papier plus brillant, le béton et les adhésifs plus résistants dans le temps, d’après le groupe allemand. Joint par lepoint.fr mercredi, BASF admet en fait que les résidus de cette pomme de terre, "sa pulpe", "pourront être destinés à l’alimentation animale, mais certainement pas humaine".

Présente-t-elle un quelconque danger pour la santé ?

L’autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) a affirmé à plusieurs reprises ces dernières années qu’Amflora serait sans danger pour la santé humaine, les animaux et l’environnement. Toutefois, les défenseurs de l’environnement estiment que les avis de l’AESA doivent être pris avec précaution, car l’institution est au coeur d’une polémique après l’embauche de son ancienne directrice du département OGM, Suzy Renkens, par le groupe suisse Syngenta, présent dans le secteur des OGM. "Cette décision de reprendre les autorisations de dissémination d’OGM dans l’environnement, en évacuant le débat sur leurs risques, est inacceptable", estime la membre du groupe libéral Corinne Lepage, vice-présidente de la commission Environnement du Parlement européen.

À quel pays est-elle destinée ?

"Chaque État est libre d’autoriser ou non la culture de cet OGM", a assuré le commissaire européen chargé de la Santé, le Maltais John Dalli, pour tenter d’atténuer la portée de cette décision. Amflora "est destinée aux pays qui sont d’ores et déjà prêts à l’utiliser", indique de son côté BASF, qui cite la Suède, les Pays-Bas, la République tchèque et l’Allemagne. Le groupe souhaite mettre en culture la pomme de terre dans ces quatre pays au printemps 2010.

La France est-elle concernée par la décision de la Commission européenne ?

"La BASF n’a pas prévu, à ce jour, de la proposer aux industriels français et souhaite tenir compte des particularités et des demandes de chaque pays", assure le groupe. Il en va de même pour les résidus de cette pomme de terre destinée à la consommation animale. "Il n’est pas question de transporter de la pulpe de pomme de terre", nous a-t- on dit à la BASF : "Cela ne serait pas rentable."

Quelle est la position de Paris ?

Dans un communiqué commun, les ministères de l’Agriculture et du Développement durable ont annoncé la saisie du Haut Conseil des biotechnologies (HCB), collège d’experts créé en 2008, précisant que "la France attendra l’avis du HCB pour arrêter sa position". La secrétaire d’État chargé de l’Écologie Chantal Jouanno a déploré que la Commission européenne n’ait pas respecté l’avis des États membres de l’UE, qui souhaitaient un renforcement de l’expertise. "Ce qu’on conteste aujourd’hui, c’est une proposition d’OGM dont on ne voit pas ce qu’elle apporte : pourquoi accepter les incertitudes environnementales alors qu’on ne voit pas les bénéfices ?". Et de marteler : "Notre position est très claire et elle n’a pas changé depuis le Grenelle de l’environnement : oui à la recherche et à l’expertise, non aux OGM qui nous sont imposés." Par ailleurs, l’Italie et l’Autriche ont immédiatement annoncé leur intention d’interdire la culture de ce tubercule.

Quelles cultures OGM sont autorisées dans l’UE ?

Il n’y en a qu’une : la culture du Mon 810, le maïs génétiquement modifié du groupe américain Monsanto. Sa culture est d’ailleurs en recul à voir les chiffres des six pays qui le cultivent : l’Espagne (76.000 hectares contre 79.000 en 2008), le Portugal (5.000 ha, contre 4.000), la République tchèque (6.480 ha contre 8.000 ha), la Roumanie (3.000 ha contre 6.000 ha), la Pologne (3.000 ha) et la Slovaquie (875 ha contre 1.900 ha), d’après Greenpeace. Le Mon 810 est sous le coup d’une interdiction de culture en France depuis 1998. Toutefois, les éleveurs européens, dont les Français, achètent depuis des années déjà du soja OGM pour alimenter le bétail, essentiellement pour des raisons économiques. "La France importe du tourteau de soja génétiquement modifié (OGM) et les vaches laitières en consomment" mais seulement en ration de complément pour apporter des protéines, reconnaît Anne Richard, directrice économie et qualité au Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (CNIEL).*

Source : Charlotte Chaffanjon (avec AFP), lepoint.fr, le 8 mars 2010