L’infiltration de l’administration

Son réseau dans les administrations est une des armes majeures utilisée par Monsanto, non seulement dans sa stratégie de contrôle de l’information mais aussi dans la gestion des situations de crises. Monsanto bénéficie de nombreux appuis aux seins des diverses agences étatiques de Washington, notamment grâce au système du « pantouflage », aussi connu sous le nom de « chaises musicales » ou « revolving doors ».
Ce terme de pantouflage est utilisé pour décrire la carrière de certaines personnes qui échangent un poste de régulateur public (fonctionnaires ou experts) pour rejoindre un poste au sein du secteur privé, dans le domaine dont elles avaient la charge dans la sphère publique et vice versa.
Ce phénomène pose indéniablement un problème de conflit d’intérêt et de partialité dans l’exercice des fonctions du régulateur, surtout si celui-ci obtient l’assurance tacite d’un futur poste grassement rémunéré en échange de sa coopération avec le secteur privé.

Monsanto possède des alliés hauts placés au sein de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA), de la Food and Drug Administration (FDA) ou encore du ministère de l’agriculture (USDA). Le phénomène de chaises musicales entre la firme et les bureaux de Washington est particulièrement inquiétant et n’est pas un phénomène nouveau. Il semble relever d’une stratégie dûment planifiée par Monsanto. En effet, Monsanto a développé ces pratiques à partir des années 80, sous les administrations républicaines de Ronald Reagan et de Georges Bush, sans pour autant laisser les démocrates de côté. Ainsi, Michael Kantor, chef de campagne de Bill Clinton, fut un personnage influent dans le milieu des biotechnologies lorsqu’il était secrétaire d’État au Commerce pour le camp démocrate. Après la fin du mandat de Clinton, il deviendra membre du Conseil d’administration de Monsanto.

Aujourd’hui encore, Georges W. Bush perpétue cette tradition de liens étroits entre agrobusiness et administration. Richard Crowder a été nommé en décembre 2005 comme chef des négociations pour le Commerce Agricole (Trade Representative Chief Agricultural Negotiator). Or, durant les trois années précédents sa nomination, il était au poste de direction d’un groupe de lobbying agricole appelé The American Seed Trade Association, représentant les grands groupes agro-industriels américains. De 1994 à 1999, il était vice président de DEKALB Genetics Corporation, une corporation agricole spécialisée dans l’agriculture transgénique, rachetée depuis par le groupe Monsanto. Enfin de 1989 à 1992, il était sous-secrétaire au Ministère de l’agriculture USDA.
Un autre cas éloquent est celui de Donald Rumsfeld, ancien membre du comité directeur de Searle Pharmacy, firme qui fut acheté par Monsanto pour devenir sa filiale pharmaceutique.

Ces vingt dernières années, les cas des chaises tournantes entre la FDA et Monsanto sont particulièrement troublant, surtout lorsqu’il s’agit de l’homologation de technologies radicalement nouvelles comme les hormones transgéniques ou les organismes génétiquement modifiés.