Comment le marché libre conduit au retour des famines

Suite de l’article de Laurent Pinsolle sur la crise agricole mondiale.
L’on constate que le modèle économique de Monsanto débouche sur une position de quasi-monopole.

Dans un autre papier, The Economist [1] se penche sur Monsanto, la multinationale qui domine le marché des semences OGM. L’hebdomadaire vante sans nuance les mérites de l’entreprise étasunienne dans la quête du monde pour se nourrir.

Des forces soulignées, des faiblesses oubliées

Paradoxalement, sur l’environnement et le réchauffement climatique, The Economist prend une position d’ouverture très respectable. Le journal dit croire au réchauffement causé par l’homme. Mais, en même temps, dans ce même numéro, il souligne qu’il y a également des études scientifiques qui affirment le contraire, et souligne que les vérités scientifiques d’un jour ne sont pas forcément celles du lendemain. Sa position s’explique par le fait qu’une majorité de scientifiques défendent cette thèse.

En revanche, dans le cas sur les OGM, The Economist ne fait strictement aucune nuance. Les Organismes Génétiquement Modifiés seraient un bienfait pour l’humanité qui permettra de nourrir le monde. Le journal se transforme en véritable représentant de Monsanto, affirmant que, grâce à la multinationale, les rendements de maïs sont près de trois fois plus importants aux Etats-Unis qu’au Brésil. Il souligne tous les bienfaits des OGM sans jamais questionner les inconvénients potentiels.

Une histoire de gros sous

Car dans cette affaire également, il y a débat entre les scientifiques. Certains soutiennent que les OGM déciment les abeilles. D’autres affirment qu’ils ne réduisent pas les quantités de pesticides utilisées. Enfin, d’autres questionnent même la dangerosité des OGM, soulignant justement que nous n’avons pas le recul nécessaire pour trancher. Bref, le débat entre scientifiques n’est pas clair et il est impossible de savoir qui a vraiment raison, ce qui impose sans doute la prudence.
En revanche, The Economist révèle de simples chiffres très intéressants. Le chiffre d’affaires de Monsanto est ainsi passé de 5 à près de 12 milliards de dollars de 2003 à 2009 et ses profits ont été multipliés par 20, de 0,1 à 2 milliards. L’hebdomadaire britannique souligne que la multinationale étasunienne a acquis des positions dominantes sur de nombreuses semences, n’hésitant pas à racheter des concurrents pour encore améliorer sa position, frôlant, voir dépassant le comportement anticoncurrentiel.

En fait, cet article montre à quel point Monsanto a réussi à se créer un modèle économique qui lui est extrêmement favorable. L’entreprise utilise la non-reproductibilité des semences, ce qui impose de nouveaux achats tous les ans, au lieu de planter une partie de la récolte mise en réserve. Elle compte également sur les semences qui résistent au Round Up, ce qui impose l’achat du désherbant maison. Bref, tout ceci montre que les OGM sont surtout une formidable « cash machine » pour Monsanto.
Même si les partisans des OGM font miroiter des rendements mirifiques, il y a encore trop d’interrogations pour adopter un « laisser faire » dont on ne maîtrise pas les conséquences sur le long terme, d’autant plus que les immenses profits réalisés peuvent faire relativiser certains les risques…

Retrouvez ici la première partie de cet article

Source : Laurent Pinsolle, Marianne2.fr, 10 décembre 2009





[1The economist, 21 November 2009