AFRIQUE DU SUD : Les OGM – Une priorité stratégique dans l’intérêt de qui ?

LE CAP , 4 nov (IPS) - Le gouvernement sud-africain est en train d’élaborer des règlements pour contrôler les organismes génétiquement modifiés (OGM) comme faisant partie de la Loi nationale sur la protection des consommateurs, mais des experts de l’environnement s’inquiètent que la section des OGM de la nouvelle loi, promulguée en avril dernier, ne puisse pas être mise en pratique.

"Même si nous avons de bonnes lois, nous ne savons pas avec certitude qui les mettra en application et les suivra", a averti Charmaine Treherne, directrice de ’South African Freeze Alliance on Genetic Engineering’ (Alliance sud-africaine pour un moratoire du génie génétique - SAFeAGE).

Elle a parlé à IPS au cours d’une table ronde entre des parlementaires et des lobbyistes anti-OGM sur les incidences des cultures génétiquement modifiées sur les moyens de subsistance durables et la souveraineté alimentaire au Centre pour le livre au Cap.

"Par exemple, la loi stipule que les cultures OGM doivent être inspectées, mais nous n’avons qu’un seul inspecteur pour toute l’Afrique du Sud", a déploré Treherne. "Alors, si nous voulons le suivi nécessaire, il revient aux ONG (organisations non gouvernementales) d’agir comme des organisations de défense des droits de l’Homme".

Cela est presque impossible à faire à l’échelle nationale, a-t-elle déclaré, parce qu’il faut environ 200 dollars pour tester la sécurité d’une seule culture. "C’est trop cher pour nous les ONG de faire le travail du gouvernement", s’est plainte Treherne.

La sécurité et la valeur nutritionnelle d’une culture OGM sont évaluées en comparant l’ADN de la culture avec l’ADN d’une culture dérivée de végétaux, consommée actuellement, qui est généralement acceptée comme sans danger.

Le gouvernement sud-africain est un grand partisan des cultures OGM. Il a mis en vente du maïs, du coton et du soja génétiquement modifiés il y a plusieurs années et a commencé des essais expérimentaux sur le sorgho, les pommes de terre et une gamme d’autres semences et de plantes, y compris les vignes.

"L’Afrique du Sud est en train de foncer avec les OGM. Ils sont considérés comme une priorité stratégique clé, mais on peut se demander dans l’intérêt de qui cela l’est réellement", a confirmé Michelle Pressend, coordinatrice de la recherche, de la politique et du plaidoyer de Biowatch, une ONG de défense de l’environnement, affirmant que la préoccupation du gouvernement pour un gain économique était plus grande que sa préoccupation pour la santé de ses citoyens et l’accès équitable à alimentation.

"Nous sommes seulement aux étapes du début en termes de législation sur les OGM. Il y a peu de transparence. Nous sommes en danger des préoccupations multinationales qui animent notre politique alimentaire", a-t-elle ajouté.

Lance Greyling, chef de file du parti de l’opposition ’Independent Democrats’ (Démocrates indépendants) et député, s’inquiète également que l’environnement règlementaire favorise les entreprises des OGM. "La Loi d’amendement des OGM est une loi progressiste, mais les lois élaborées actuellement pourraient faire baisser cela. C’est d’une grande préoccupation pour moi que le contrôle de la production alimentaire par des entreprises d’OGM supprime établissent des rapports de pouvoir biaisés qui engendrent des inégalités en Afrique du Sud".

"Si nous voulons un monde plus durable, nous devons changer la façon dont nous produisons les aliments", a ajouté Greyling. "Si nous étions sérieux par rapport aux OGM, la responsabilité devrait être placée sur les entreprises de prouver que les produits sont sans danger, et non sur nous de prouver qu’ils sont dangereux".

Les institutions de protection de l’environnement, telles que Biowatch et SAFeAGE, exigent davantage de recherches sur l’impact des aliments OGM sur la santé humaine. Elles font également pression contre les entreprises multinationales qui demandent des brevets pour les semences, appellent à un étiquetage détaillé des produits qui contiennent des OGM et un seuil de contamination des aliments par les OGM. 

En outre, des ONG demandent plus de consultation du public par le gouvernement. "Nous avons besoin de meilleurs mécanismes pour la participation du public. Nous devons arriver à un point où notre gouvernement tient compte de ce que nous disons, au lieu d’organiser des séances publiques pour cocher le casier (mais ignorant notre contribution)", a déclaré Treherne.

Des campagnes d’éducation publique de grande envergure pour informer les Sud-Africains sur les dangers potentiels des OGM sont nécessaires afin de pouvoir faire pression sur le gouvernement pour qu’il soit plus transparent et consulte, à une échelle plus large, toutes les couches de la société.

L’ancien président de ’South African Human Rights Commission’ (Commission sud-africaine des droits humains - SAHRC), Jody Kollapen, dit que des institutions telles que la SAHRC, devraient jouer un rôle important dans l’élargissement du débat public sur les questions de l’accès des populations aux aliments, et a promis de recommander à la commission de mettre les OGM sur son programme.

"Il y a eu à peine de débat public sur les cultures GM en Afrique du Sud parce que les décisions sur les OGM ne se déroulent pas dans un cadre de pouvoir neutre. Le contrôle des ressources génétiques gravite entre les mains de quelques-uns. C’est une perspective effrayante", a affirmé Kollapen, se référant aux entreprises, comme le géant américain de la biotechnologie ’Monsanto’, qui tentent de breveter systématiquement les semences afin de contrôler la production alimentaire à l’échelle internationale.

Stone Sizani, député du parti au pouvoir en Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC), et président du développement rural de la Commission du portefeuille de la réforme agraire, a promis de plaider au parlement pour s’assurer que la question des cultures OGM "est amenée plus loin".

Il a encouragé les ONG à faire pression sur les commissions de portefeuille au sein du gouvernement afin de protéger les citoyens sud-africains des aliments OGM, affirmant que cela était un problème hérité essentiellement des gouvernements précédents et mené par l’organisation de l’agro-industrie commerciale fédérale AgriSA. "AgriSA est l’un des principaux propagateurs des OGM en Afrique du Sud au nom du progrès et de la technologie", a souligné Sizani.

Il a indiqué que les organisations, telles que AgriSA, sont en train de faire campagne pour l’agriculture commerciale des monocultures ainsi que l’agriculture guidée par l’exportation, malgré le fait que l’agriculture à petite échelle profite à davantage de Sud-Africains et aborde des questions de la pauvreté et de la sécurité alimentaire. "Nous avons besoin de regarder l’agriculture du point de vue du développement rural", a-t-il recommandé.

"Les OGM devraient être exclus de l’activité agricole", a ajouté Sizani, s’accordant avec les autres membres de la table ronde que les législateurs du pays ont les intérêts des géants des OGM à cœur au lieu des intérêts de leurs citoyens.

Il a également appelé à davantage de transparence, soulignant le fait que l’Afrique du Sud est actuellement en train de tester des pommes de terre génétiquement modifiées dans six endroits secrets. Dans plusieurs pays, des essais d’OGM sont en train d’être menés dans des endroits secrets parce que les producteurs des OGM disent qu’ils s’inquiètent que les plantes puissent être saccagées par des militants anti-OGM. 

Toutefois, ne pas disposer de l’accès aux informations sur les détails de ces essais "n’est pas dans l’intérêt du peuple", a déclaré Sizani, plaintif : "Nous voici, des tests secrets de pommes de terre OGM auxquelles les Américains ont dit ’non’". (FIN/2009)

Source : Kristin Palitza,IPS, le 4 novembre 2009