RUE89 : Trois herbicides de Monsanto pour le jardin mis en cause

Après le Gaucho et leRégent, certains Round Up bientôt interdits ? C’est ce qu’espère une coalition de militants écolos réunie autour du Mouvement pour les droits et le respect des générations futures et d’un agriculteur bio. Après avoir passé beaucoup de temps à vérifier le contenu des coups qu’ils risquaient de porter au géant Monsanto via un de ses produits-phare, désherbant le plus vendu en France et dans le monde, ils viennent de mettre en demeure le ministre de l’Agriculture de retirer les autorisations de mise sur le marché de trois herbicides, lesRound Up Express, Round Extra 360 etRound Up GT Plus. Sans réponse du ministre sous deux mois, ils porteront l’affaire devant le Conseil d’Etat.

En cause, lePOEA, une substance active bien présente dans la formule mais jamais analysée lors de la mise sur le marché des Round Up. En France, une autorisation de commercialiser de tels produits « phytosanitaires » est donnée par le ministère de l’Agriculture après avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA). Cette dernière joue donc un rôle capital dans l’évaluation des risques. Or, dans ses différents avis, l’agence n’a étudié la dangerosité que d’une composante du Round Up, leglyphosate, élément principal mais pas unique de l’herbicide.

De plus, l’autorisation des Round Up a été donnée pour l’agriculture, où ceux qui pulvérisent les champs sont protégés, alors que les Round Up concernés sont utilisés par des particuliers et donc sur des pelouses où jouent des enfants, plus fragiles à l’exposition à de tels produits chimiques.

Les autorisations de mise sur le marché données à la légère ?

Etonnemment, deux des trois avis de l’AFSSA ayant débouché sur l’extension de
l’autorisation de ces trois Round Up des champs vers les parcs et
jardins (le Round Up Express, et le Round Up GT Plus) d’où a découlé, par extension, l’autorisation pour les particuliers, n’analysent que les effets du glyphosate, seule substance mentionnée par Monsanto et présentée comme la principale. La firme, leader mondiale des OGM, n’a pas répondu à nos sollicitations.

Monsanto, comme tous les fabricants d’insectisides, a droit de conserver ses secrets de fabrication, c’est ‘légal mais anormal’, commente Gilles-Eric Séralini, président du conseil scientifique du CRIIGEN, centre de recherche indépendant cofondé parCorinne Lepage et milite pour la transparence sur les OGM.

Une substance dangereuse ?

Mais ce n’est pas tout. Les études menées ces dernières années par le même Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire, notamment dans la revue Chemical Research in Toxicology
montrent que le polyoxyéthylène amine (POEA), adjuvant présent dans le Round Up est une substance non seulement active mais potentiellement dangereuse. Il explique que celle-ci ‘rentre dans les cellules embryonnaires, un peu comme des grains de sable’. Des études de laboratoire sur les œufs d’oursins et les rats ont montré de possibles perturbations génétiques. Gilles-Eric Séralini
décrit des ‘nécroses, asphyxie, dégradation de l’ADN’ induites par
la formule du Round Up.

Les recherches du professeur Séralini ont été prises si au sérieux qu’elles ont conduit à unenouvelle saisine de l’AFSSA pour avis. L’intérêt de celui-ci est surtout de forcer l’agence à reconnaître la présence de POEA… sans conclure pourtant que ces effets seraient inquiétants. Seulement, ‘les résultats diffèrent d’une lignée à l’autre sans que l’on puisse en tirer des conclusions claires’, écrit l’AFSSA, qui n’a pas répondu à nos sollicitations.

Pas de ‘conclusions claires’, mais une législation qui ne bouge pas, déplore Séralini :

« L’AFSSA ne veut pas mettre en cause ses avis précédents mais ses arguments relèvent soit de la mauvaise foi soit de l’incompétence. »

A-t-on prévu les effets sur les enfants dans les jardins ?

Enfin, la lettre des plaignants s’appuie sur un autre argument de taille : l’absence de certains tests sur l’usage en jardin, ce qui est une entorse à la législation.
Il suffit de regarder deux des trois avis rendus par l’AFSSA pour lire,notamment en page 3 de ce document que
le risque pour les personnes (enfants par exemple) pouvant pénétrer sur les surfaces traitées n’a pas été évalué’.

Or, souligne Jacques Maret, l’agriculteur bio qui porte la démarche avec le MDRGF, ‘une fois qu’une autorisation de mise sur le marché agricole a été obtenue, une autre autorisation pour l’usage en jardin doit être demandée, et les actions sur le public concerné, donc aussi les enfants, doivent être étudiées’.

Source : Rue 89, par Sophie Vernet Caillat, le 28 juin 2009