G8 : Les alternatives de la Via Campesina

Du 18 au 21 avril 2009 les gouvernements des pays du G8 se réuniront à Trévise en Italie pour leur première rencontre sur l’agriculture. L’agenda se centrera sur la sécurité alimentaire et la manière dont le secteur agricole pourrait contribuer à une relance de l’économie. Outre les thèmes techniques, les gouvernements du G8 discuteront également du Cycle de Doha, du Partenariat Global, de la réforme de la FAO, des agrocarburants et du changement climatique.

La Via Campesina est gravement préoccupée par les résultats de cette rencontre car le G8 n’est pas le lieu approprié pour définir des solutions à la crise des prix de l’alimentation. Définir ce que les pays les plus pauvres doivent faire n’appartient pas aux pays les plus riches ! Ce “G8 Agricole” qui a été étendu au Brésil, à la Chine, à l’Inde, au Mexique, à l’Afrique du Sud et à l’Egypte, montre l’importance de l’agriculture dans le contexte de l’infrastructure internationale établie dans le sillage de la crise financière. Ces gouvernements entendent trouver des solutions au travers des mêmes politiques de gouvernance globale que celles à l’origine des problèmes qu’elles sont supposées résoudre.

La crise des zones rurales est dans une large mesure le résultat des politiques néolibérales actuelles d’aménagement structurel et de libéralisation du commerce, politiques mises plus particulièrement en œuvre par le G8. Ces politiques détruisent la production paysanne alimentaire en faisant d’un grand nombre de pays exportateurs nets d’aliments des pays désormais importateurs nets, en les mettant dans une situation de forte dépendance des marchés internationaux. Cette déréglementation des marchés agricoles actuellement en cours, en combinaison avec le capital spéculatif provenant des marchés financiers, a provoqué une énorme spéculation des prix des aliments. Cela a déstabilisé les marchés domestiques, affamant et appauvrissant de nouveaux millions d’êtres humains. Les gouvernements du monde ont mis le dogme du marché libre avant les nécessités des citoyens. Il est maintenant évident que cette idéologie ne conduit qu’à la banqueroute et à la pauvreté.

À Londres le G20 a annoncé un programme de 850 millions de dollars (1) d’ “aide” aux pays en voie de développement pour neutraliser la crise financière et ce programme a été confié au FMI et à la Banque Mondiale. Nous craignons que ce programme soit un autre instrument semblable aux Programmes d’Ajustement Structurel et aux directives de l’OMC et qu’il imposera comme eux des politiques néolibérales.

En même temps nous voyons la pénétration agressive des Compagnies Transnationales, soutenues par des puissantes fondations, en Afrique où elles espèrent imposer une deuxième “révolution verte” (au moyen d’engrais chimiques et de semences génétiquement modifiées) et saisir des millions d’hectares de terres pour produire des aliments et des agro carburants. (2) Pour ces corporations la priorité est le profit et non pas la réduction de la faim. Nous voyons des spéculateurs et des gros investisseurs internationaux se détourner des produits financiers pour miser sur les produits alimentaires et sur les terres agricoles du Sud. Nous pouvons déjà nous attendre à l’explosion de la prochaine bulle et à l’émergence de la prochaine crise.

Au lieu de maintenir et de renforcer les mêmes politiques, nous devons réorienter le système d’alimentation vers la souveraineté alimentaire. Nous voulons que le modèle paysan de la production durable soit reconnu en tant que réponse à la crise du climat et des prix alimentaires.

Les membres du G8 devraient remettre en question et analyser leurs propres politiques agricoles, en particulier la CAP et le “Farm Bill”, afin d’évaluer leur impact sur la crise des prix de l’alimentation et de prendre les mesures correctives nécessaires. La CAP par le mécanisme du système de remboursement à l’exportation (sur le lait par exemple) aboutit en essence au dumping des produits agricoles vers des pays tiers, détruisant leurs marchés intérieurs et mettant ainsi les producteurs locaux hors toute possibilité de concurrence.

Le G8 ne doit plus donner une aide financière pour les semences et les engrais mais bien encourager les gouvernements nationaux à assumer leurs responsabilités et à restructurer leurs systèmes agricoles sur d’autres bases que des productions orientées à l’exportation et conduites pas les grandes corporations. Les gouvernements nationaux doivent mettre en œuvre les mesures suivantes :

* Eliminer la volatilité désastreuse des prix alimentaires sur les marchés domestiques en contrôlant fermement les importations et les exportations alimentaires afin de stabiliser les marchés locaux.

* Établir des politiques pour aider de manière active la production paysanne alimentaire et la pêche artisanale, les marchés locaux et pour mettre en œuvre des réformes agraires et aquatiques. Nous ne voulons pas que tous les fonds aillent aux engrais chimiques et aux semences génétiquement modifiées qui profitent exclusivement aux Compagnies Transnationales et qui portent atteinte aux sols et à la biodiversité

* Mettre fin à la saisie massive des terres pour la production industrielle des agro carburants et des aliments.

Nous demandons aux pays du G8 de reconnaître l’échec de leurs politiques ainsi que l’impact dévastateur que ces politiques ont eues sur la production paysanne des aliments. Une amélioration dramatique de la gouvernance globale de l’agriculture et de l’alimentation est nécessaire. Le G8 doit donner tout son soutien à une réforme fondamentale des agences des Nations Unies (L’ Organisation de l’Alimentation et de l’Agriculture - FAO, Le Fond International pour le Développement Agricole – FIDA, et le Programme Mondial pour l’Alimentation - PMA) ainsi que du Groupe Consultatif International pour la Recherche Agricole – CGIAR, afin de créer un espace unique dans le système des Nations Unies qui puisse agir en totale indépendance de l’OMC, de la Banque Mondiale et du FMI, dont le mandat soit bien défini par et pour les gouvernements, et dont la prise de décisions résulte d’un processus transparent et démocratique, auquel participent activement les organisations paysannes, de pêcheurs ainsi que d’autres Organisations de la Société Civile. Nous sommes opposés à la création de la dite « Alliance Globale ». Nous protestons vigoureusement contre cette création continue de nouvelles structures et de nouveaux espaces. Dans la mesure où elles sapent les organisations existantes et continuent à mettre en place les mêmes politiques néfastes, de telles initiatives sont vouées à l’échec. (3)

Une conclusion du Cycle de Doha, au même titre que celles d’autres accords de libre-échange, sont inacceptables, car elles creuseront la crise de la production alimentaire paysanne. Il faut interdire à l’OMC, à la Banque mondiale et au FMI d’intervenir dans les politiques domestiques alimentaires. L’alimentation n’est pas uniquement une question “technique”. Vivre dans un monde dans lequel chacun peut manger et dans lequel les paysans peuvent gagner leur vie est une question de décision politique. Nous exigeons que les gouvernants du monde acceptent ce défi.

Document de position La Via Campesina

Le 21 avril 2009