Nouvelle tentative de réhabilitation du maïs transgénique en France

Les OGM réhabilités ? La directrice générale de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), Pascale Briand, aurait, selon Le Figaro du jeudi 12 février, signé un avis relatif au maïs génétiquement modifié, le Monsanto 810. Cet avis, daté du 23 janvier et qui n’a pas été rendu public depuis, reprendrait pour l’essentiel les conclusions de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire du 31 octobre 2008 estimant qu’"aucune preuve scientifique, en termes de risques pour la santé humaine ou animale ou pour l’environnement, n’a été fournie pour justifier l’invocation d’une clause de sauvegarde".

L’avis de l’Afssa fait suite au rapport rédigé par le professeur Yvon Le Maho dont les conclusions, opposées à celles de l’EFSA, avaient conduit la direction générale de la santé à saisir l’Agence française. C’est notamment sur la base du rapport Le Maho que le gouvernement français s’était appuyé pour justifier sa décision d’interdire les cultures de maïs transgénique en invoquant la clause de sauvegarde auprès de la Commission européenne.

La question est donc désormais de savoir si le gouvernement maintiendra sa position en dépit de ce coup de semonce. Sachant que le ministère de l’écologie a également fondé son argumentaire sur des critères non pas seulement sanitaires mais aussi environnementaux, il est en mesure de demander la prolongation de la clause de sauvegarde.

DÉCÉLÉRATION DANS LE MONDE

C’est dans ce contexte qu’est une nouvelle fois soulevée la question de la surface réelle occupée par les cultures transgéniques dans le monde. L’organisme qui publie annuellement l’évaluation de cette statistique, l’Isaaa (International Service for the Acquisition of Agro-Biotech Applications), voit aujourd’hui ses résultats vivement contestés par le réseau international des Amis de la Terre (Friends of the Earth). Et la France est précisément au coeur de cette polémique.

L’Isaaa est un organisme basé à l’université Cornell, de New York, et financé par des organisations comme la Fondation Rockefeller ou les sociétés Monsanto et Syngenta, qui produisent des OGM. Il publie chaque année depuis 1997 un rapport sur la diffusion des OGM à travers la planète. Dans son étude de la situation pour 2008, publiée mercredi aux Etats-Unis, l’Isaaa laisse entendre que la superficie cultivée en Europe a crû de 21 %. Faux, estiment les Amis de la Terre, qui observent que l’Isaaa a exclu la France de son compte. Le moratoire adopté par l’Hexagone en 2008 sur le maïs MON 810 a fait diminuer la surface cultivée d’OGM en Europe de 50 000 hectares environ.

De surcroît, l’Isaaa compte la Roumanie pour 2007 et 2008, alors qu’il l’excluait en 2006. Pourtant, la Roumanie cultivait des OGM en 2006. Explication de cette manipulation, selon les Amis de la Terre : la Roumanie a fortement diminué sa culture d’OGM quand elle a rejoint l’Europe, en 2007. "L’oublier" en 2006 permet de gonfler la progression apparente.

Au total, selon les Amis de la Terre, la superficie cultivée en OGM dans l’Union européenne n’a pas augmenté de 21 % en 2008, mais a, au contraire, diminué de 2 %. Cette critique affaiblit fortement la fiabilité que l’on peut accorder aux comptes de l’Isaaa. En 2008, les Amis de la Terre avaient aussi montré que l’institut avait surévalué le nombre d’hectares cultivés en OGM en Inde de 400 000 hectares.

Malgré ce qui apparaît comme une propension à la surestimation, les chiffres de l’Isaaa montrent un ralentissement de la progression des OGM dans le monde. Dans son rapport pour 2008, l’institut estime que la superficie cultivée en 2008 a progressé de 9,4 %, pour atteindre 125 millions d’hectares. Ce taux est bien moindre que celui de 2007 (12 %), où il était évalué à 12 %. La décélération est continue puisque, en 2006, la progression était estimée à 13 %, en 2005 à 11 %, en 2004 à 20 %, en 2003 à 15 %, en 2002 à 12 % et en 2001 à 19 %.

De leur côté, les Amis de la Terre publient un rapport (intitulé Who benefits from GM crops ?) dans lequel l’association écologiste souligne que 80 % des OGM cultivés dans le monde ne le sont que dans trois pays, les Etats-Unis, l’Argentine et le Brésil. De son côté, l’Isaaa observe que la culture d’OGM a commencé en 2008, même si c’est sur des superficies modestes, au Burkina Faso, en Egypte et en Bolivie. Un autre point de friction, les Amis de la Terre estimant que la majorité des OGM ne sont pas utiles aux paysans, mais aux grandes exploitations agricoles.

Hervé Kempf, Article paru dans l’édition du Monde du 13.02.09