Monsanto fustige "ceux qui ont pour stratégie de discréditer la biotechnologie", à l’occasion de la sortie d’un livre au Brésil

La sortie au Brésil de l’ouvrage Le Monde selon Monsanto n’est pas passée inaperçue aux yeux de la multinationale américaine. Pour la première fois depuis la divulgation de l’enquête journalistique de Marie-Monique Robin, sous forme d’un livre et d’un documentaire diffusé par Arte au mois de mars, l’entreprise, qui produit 90 % des organismes génétiquement modifiés (OGM) utilisés dans le monde, a pris note des accusations qui la visent. Et Monsanto avance des réponses, via Internet, en portugais.

"La direction du groupe au Brésil a voulu présenter son point de vue, pour ne pas laisser sans réponse des attaques qui ont déjà eu un écho mondial", explique-t-on au service de communication de Monsanto, à Sao Paulo, en précisant qu’il s’agit d’une traduction littérale du texte envoyé par le siège américain de la firme.
Plusieurs pages du site brésilien reprennent des points développés dans le film, en avertissant : "Un documentaire français tente de dénigrer l’image de Monsanto", avec une enquête de "ceux qui ont une stratégie pour discréditer la biotechnologie". "C’est amusant de les voir enfin réagir, a déclaré Marie-Monique Robin, venue à Curitiba (Etat du Parana) lors d’une tournée au Brésil. Mais si leurs arguments étaient solides, ils m’auraient attaquée en justice depuis longtemps."

La réaction publiée témoigne de l’importance du Brésil dans la stratégie de la multinationale : ce pays a récolté 60 millions de tonnes de soja cette année, soit 25 % de la production mondiale, et Monsanto a déjà introduit son soja Roundup Ready, légalisé en 2005.

La moitié de la récolte brésilienne est certifiée "sans OGM", le reste est transgénique ou contaminé.

RENDEMENTS DÉCEVANTS

Des neuf OGM autorisés par les autorités de Brasilia, entre soja, maïs et coton, la moitié porte la marque Monsanto. Dans l’Etat de Bahia, à Camaçari, fonctionne la plus grande entreprise d’herbicides d’Amérique latine.

"Ces enquêtes nous aident à lutter contre les OGM, expliquait Marcelo Durao, du Mouvement des paysans sans terre, au cours d’un débat à Rio de Janeiro. Nous avons perdu beaucoup de terrain face à la logique gouvernementale, qui favorise les matières premières exportables, au détriment des aliments." Dans le Sud, des agriculteurs tentent d’abandonner le soja OGM, déçus par les rendements, mais ils ne trouvent plus de graines traditionnelles à cultiver.

L’éditeur de Radical Livros, Georges Kormikiaris, est très satisfait des débats autour de Marie-Monique Robin. Notamment avec des responsables du ministère du développement agraire, à Brasilia, et à l’Ecole d’agronomie de l’université de Sao Paulo, pourtant financièrement aidée par Monsanto.

Source : Annie Gasnier pour le Monde du 19 décembre 2008