Greenpeace France s’inquiète d’un avis européen pro-OGM

Questions à Arnaud Apoteker, responsable de la campagne OGM de Greenpeace France. Il réagit à l’avis de la décriée Autorité européenne de sécurité des aliments, qui ne voit pas de raison "scientifique" d’interdire la culture de maïs OGM.

Pouvez-vous faire un bref historique à propos du débat qui existe autour de la clause de sauvegarde française sur le maïs OGM MON810 ?

Depuis 1998, la culture du maïs du géant américain de l’agrochimie Monsanto est autorisée au sein de l’Union Européenne. C’est un objet de polémiques depuis cette époque, car nous nous inquiétons de son impact sur l’environnement. Selon Greenpeace, le maïs Monsanto a été très mal testé, beaucoup de données sont insuffisantes. De ce fait, dès 1998, grâce à cette polémique, certains Etats ont appliqué la clause de sauvegarde, nous pouvons citer le cas de l’Autriche. D’autres Etats tels que l’Italie ont opté pour d’autres moyens destinés à empêcher la culture de ce maïs OGM. Au bout du compte, peu de pays ont cultivé ce type de maïs, car des suspicions existaient depuis le début.

Entre 1998 et aujourd’hui, de nouveaux éléments scientifiques ont montré l’impact de ce maïs OGM sur l’environnement. C’est grâce à ces éléments que la France a fait appliquer la clause de sauvegarde sur le maïs OGM MON810 qui date du 13 février 2008.

Pourquoi l’EFSA [Autorité européenne de sécurité des aliments] s’obstine-t-elle à donner des avis positifs sur les OGM ?

L’EFSA s’est décrédibilisée. Les scientifiques de cet organisme ne sont pas indépendants, il n’y a qu’à lire le rapport, en anglais, des Amis de la Terre. Je ne veux pas dire par là qu’il y a une corruption des scientifiques de l’EFSA, mais ces derniers baignent dans un milieu scientifique perméable à l’industrie.

Prenons un exemple. L’EFSA ne mène pas elle-même ses propres études, il n’y a pas de recherche indépendante de sa part. Donc, dans le cas du maïs MON810 de Monsanto, l’EFSA analyse les résultats de la firme américaine Monsanto ! L’EFSA fournit des résultats biaisés car ils sont en provenance directe de l’industrie ! Les dossiers fournis à l’EFSA proviennent donc des industriels, et, autre point fondamental, cet organisme ne mène aucune enquête concernant l’impact des OGM à long terme. C’est la raison pour laquelle il est choquant que l’EFSA donne des avis !

De plus, l’EFSA ne tient compte ni des avis des Etats membres de l’UE, ni des résultats des recherches menées par les scientifiques minoritaires.

Quand l’EFSA déclare : "Aucune preuve scientifique spécifique n’a donc été avancée [...] pour justifier l’invocation de la clause de sauvegarde", qu’avez-vous envie de répondre ?

Cela montre l’aveuglement total de l’EFSA à ne pas voir les nouveaux éléments scientifiques. En 2007, les scientifiques ont révélé l’existence de la toxine Bt qui est un insecticide contenu dans le maïs OGM MON810. Cette toxine a été retrouvée dans des cours d’eau et a un impact sur les organismes aquatiques. Autre exemple, les scientifiques ont prouvé que les lombrics ont subi une perte de poids sur les terres où ce type de maïs était cultivé. Cela fait rire certains "scientistes" comme je les appelle, alors que les lombrics sont des indices essentiels pour nous renseigner sur la santé des sols. Ces nouveaux éléments scientifiques impliquent le principe de précaution, qui débouche sur l’application de la clause de sauvegarde.

Greenpeace signale qu’il est nécessaire de réformer l’ESFA, quelles sont donc les propositions avancées ?

Il faut d’abord se demander s’il est possible de réformer l’EFSA. Cette agence est spécialisée dans la sécurité des aliments. Donc, est-ce que l’environnement la concerne ? Ne vaudrait-il pas réformer cette agence, afin de lui fournir les compétences nécessaires en matière d’analyse environnementale ? Ou bien ne vaudrait-il pas mieux faire intervenir un autre organisme européen qualifié en la matière, à l’instar de l’Agence européenne pour l’environnement [AEE] ?
Si cela s’avère trop compliqué et que nous "restons" avec l’EFSA, il faudra changer la composition de son comité OGM afin d’y introduire des écologistes. L’autre réforme visera à mettre en oeuvre des études d’impact, à long terme, des OGM sur l’environnement.