Les consommateurs américains tournent le dos aux OGM.

« La population américaine est en train de tourner le dos aux organismes génétiquement modifiés et aux aliments qui en sont dérivés », proclame un nouveau rapport de l’association américaine « Soil Association ».

La méfiance des produits transgéniques se répand de plus en plus parmi les consommateurs américains, concrètement cela se traduit par une forte demande pour la création d’un label indiquant si les produits alimentaires contiennent des OGM ou non.

Ce changement de perception est mis en avant dans le nouveau rapport, intitulé, «  Land of the GM Free- How the American public are starting to turn against GM food ». Il a été réalisé en autre par Lord Melchett de laSoil Association, un opposant de longue date aux OGM, et emblématique au Royaume Unis. Ainsi, les recherches menées par la Soil Association aux Etats Unis montrent que 87% des personnes interrogées pensent que les aliments devraient bénéficier d’un label indiquant la présence ou non d’OGM dans leur préparation. Dans un même temps, 53% des personnes déclarent que si ce label existait, elles choisiraient une alimentation sans OGM. 

Ces chiffres arrivent à point nommé pour soutenir la demande de l’alliance des producteurs bio américains qui souhaitent pouvoir mettre sur le marché une gamme de produits estampillés du label « Sans OGM ». Pour rappel, il est interdit aux Etats-Unis d’indiquer si les aliments contiennent des OGM au nom du principe d’équivalence en substance, une notion pseudo-scientifique inventée par la Food and Drug Agency pour faciliter la mise sur le marché des OGM et interdire la distinction avec les plantes conventionnelles.

Au delà, les agriculteurs américains, toujours dans un soucis de s’adapter au choix du consommateurs, ont rejeté les nouveaux OGM proposés par les entreprises de biotechnologie car ces nouvelles semences, comme le blé, le riz, le maїs doux ou la luzerne, sont directement liées à l’alimentation humaine. « Personne ne cultive de maїs doux transgénique pour la simple raison qu’il a un goût affreux » rajoute les auteurs du rapport.

La perte de confiance dans les OGM touche même le très populaire soja transgénique, largement cultivé aux USA, mais qui montre ses limites du fait des baisses de rendements en comparaison avec les nouvelles variétés, conventionnelles cette fois, sélectionnées pour augmenter la production.

Historiquement, les plantes génétiquement modifiées ont été manipulées en laboratoire pour résister aux traitements d’herbicides, comme le Roundup de Monsanto, ou bien pour que la plante secrète son propre insecticide contre les parasites. Mais dans le contexte actuel, les compagnies de biotechnologie, soutenues par les gouvernements américains et anglais, ont décidé de se réorienter, ou plutôt de réorienter leur communication, vers les problèmes alimentaires mondiaux afin de regagner la confiance populaire. Cependant, les consommateurs se sont déjà fait servir la soupe d’ « OGM sauveurs du monde » depuis plus de dix ans, aujourd’hui l’absence totale de résultat concret commence à leur laisser un goût amer.

Ce rapport met en avant la récente victoire des consommateurs contre l’hormone de croissance laitière Posilac (rBHG), de Monsanto, qu’on injectait aux vaches pour les forcer à augmenter leur production laitière. Cette hormone artificielle a été l’objet d’une telle pression de la part des consommateurs réticents, que la plupart des distributeurs de lait ont décidé de ne plus commercialiser les produits laitiers issus de ce procédé, signant de fait la fin du Posilac. Rappelons que l’Union Européenne et le Canada avaient interdit l’usage de cette drogue, surnommée « crack de la vache » pour ses effets néfastes sur la santé des bêtes, mais aussi qu’ils avaient prohibé l’importation de tout produit laitier provenant de cheptels ayant été injectés avec l’hormone artificielle pour des raisons de santé publique.

L’ancien responsable de la FDA pour la division biotech, Henry Miller, s’agace contre les critiques faites contre l’hormone Posilac, en jugeant que ses détracteurs sont des « excentriques » et des « enviro-fanatiques ». Dans une interview donné récemment au Washington Post, M. Miller ajoute : « Des activistes sournois ont injustement stigmatisé un produit scientifiquement éprouvé qui a toujours apporté un bénéfice économique et environnemental tant pour les producteurs que les consommateurs. » Cependant de forts soupçons pèsent sur la validité du processus d’homologation du Posilac qui aurait été très encadré par Monsanto et ses agents infiltrés, d’après de nombreuses enquêtes journalistiques.

Le rapport précise : « l’usage de la rBGH a diminué avec l’amélioration de l’information fournie aux producteurs et aux consommateurs. Entre 2002 et 2007, l’usage de l’hormone a baissé de 23%, et la proportion de vaches injectées a reculé de 25 à moins de 17%. »

« Aujourd’hui, les détaillants en lait ainsi que les grandes chaînes de distribution ont évolué pour bannir la rBGH de leurs produits laitiers. Des enseignes comme Wall Mart, Safeway, Starbucks, Kraft et autres s’engagent à servir des produits laitiers sans trace d’OGM à leurs clients et leurs familles. »

Un nouveau système d’étiquetage et la création d’un label « Sans Ogm » devraient être proposés l’année prochaine aux Etats-Unis. Cela impliquera que les entreprises devront mettre en place un système de test pour prouver que leurs produits ne sont pas contaminés par les OGM. Ce sont plus de 400 entreprises américaines et canadiennes qui ont déjà apporté leur soutien à cette initiative, elles ont un chiffre d’affaire cumulé de plus de 12 milliards de dollars, soit l’équivalent de 10% de l’industrie agroalimentaire anglaise.

L’Europe a déjà entamée cette marche arrière sur les OGM depuis que la France et l’Allemagne ont décidé de suspendre les cultures transgéniques sur leur territoire. L’Irlande, l’Ecosse et le Pays de Galles se sont recensement proclamées « zones sans OGM » et continuent de faire pression sur l’Angleterre. Cela contraste avec l’attitude du gouvernement anglais « qui semble de plus en plus en décalage avec les attentes des consommateurs » rajoute le rapport.

Rappelons que la récente loi sur les OGM en France autorise un seuil de 0,9% d’OGM dans les aliments qui se revendiquent du label « Sans OGM » à cause de la contamination génétique. La liberté d’une alimentation sans OGM, partagée par une large majorité de la population, implique donc le refus des cultures transgéniques en plein champ, et l’entrée de la France dans le mouvement européen des « zones sans OGM ».

Source : Rapport Land of the GM Free- How the American public are starting to turn against GM food, Soil Association.
"U.S. begins to turn its back on GM crops", Daily Mail du 14 octobre 2008