Sommet de la FAO, à Rome, Les pistes des ONG pour sortir de la crise alimentaire mondiale

Plus de 40 chefs d’Etat et de gouvernement, et 2000 délégués sont attendus aujourd’hui à Rome, siège de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation). Objectif des trois jours de débats : esquisser « un plan d’action » face à la flambée des prix agricoles. Les ONG tenteront d’y faire entendre leur voix. Voici quelques pistes.

Imposer un moratoire sur les agrocarburants.

Le FMI estime que la conversion de terres à des fins énergétiques explique entre « 20 et 30 %» de la flambée des prix. Plus de 31 ONG appellent donc l’Union européenne à abandonner son objectif de 10 % de carburants verts d’ici à 2020.« C’est moralement indéfendable, confie Robert Bailey, d’Oxfam International. Cela revient à détourner une part vitale de la production alimentaire de base. » Le rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, approuve l’idée d’un moratoire. « En abandonnant ces objectifs,estime-t-il, nous enverrions un signal fort aux marchés que le prix des récoltes de denrées alimentaires ne va pas monter indéfiniment, décourageant ainsi la spéculation. » Et puis, l’aide au biocarburant s’avère distorsive. « On évalue entre 13 et 15 milliards de dollars le montant des subventions des pays de l’OCDE ! » brocarde Robert Bailey, d’Oxfam. Alors que ces cultures alimentent la destruction d’écosystèmes. Et ne limitent les émissions de gaz à effet de serre que de 3 %. Au mieux…

Appliquer le principe de souveraineté alimentaire.

« Hier tabou dans les institutions, ce principe trouve désormais un écho », résume Ambroise Mazal, du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). ONG du Nord comme organisations paysannes du Sud revendiquent le droit pour les pays les plus démunis (et les premiers victimes de la crise) de protéger leurs marchés nationaux. « La libéralisation doctrinaire des échanges a détricoté la possibilité des pays pauvres à se nourrir eux-mêmes, dit Alex Cobham, de Christian Aid. Et les élites du Sud ont préféré acheter la paix sociale via des importations à bas prix. » L’idée : permettre des protections tarifaires ou douanières, ou réhabiliter des structures - comme les caisses de stabilisation - pour appuyer les petits paysans. « Il faut permettre aux Etats de financer, dans leur budget, l’achat de semence, l’accès aux terres, à l’eau », analyse Magdalena Kropiwnicka, d’Action Aid.

Réinvestir massivement dans l’agriculture vivrière.

Vulnérable la Mauritanie qui importe 70 % de ce qu’elle consomme ? « Le développement agricole dans les pays pauvres a été horriblement négligé », dit Oxfam. L’aide au développement agricole a baissé de moitié entre 1980 et 2005. « La France ne donne que 10 % de son aide en projet agricole », ajoute Ambroise Mazal (CCFD). Il faudrait injecter 20 milliards d’euros par an, évalue Jacques Diouf, le patron de la FAO. Pas en aide alimentaire (aux effets souvent pervers), mais en cash, pour acheter localement et réinjecter des moyens dans la production locale.
Réinvestir le champ agricole implique aussi de la cohérence des pays riches. « Halte à la schizophrénie, à l’image de l’attitude de la France, dit Ambroise Mazal. D’un côté, Paris milite pour un nouveau partenariat, et, de l’autre, lutte pour maintenir ses aides aux exportations, qui déstabilisent les marchés mondiaux. »

Repenser la gouvernance des institutions.

D’abord, il y « les trois romaines », la FAO, le PAM (Programme alimentaire mondial), et le Fida (Fonds international de développement agricole). « Ces institutions sont efficaces même si lestées par la bureaucratie, dit Robert Bailey, d’Oxfam, et surtout écrasées par la logique du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC. Changeons la hiérarchie : le droit à manger avant celui de commercer. »
Pour lutter contre la fragmentation de l’aide, Action contre la faim (ACF) milite pour la création d’un Fonds mondial contre la faim et la malnutrition, sur le modèle du Fonds mondial contre les pandémies. « Un instrument nouveau pour permettre une meilleure coordination, pense François Danel, directeur général d’ACF. Une rupture, aussi, nécessaire pour attirer des nouveaux donateurs. »

Source : Libération.fr du 4 Juin 2008