Une administration silencieuse.

En 1970, l’administration de Washington vient de mettre en place une nouvelle agence gouvernementale de protection de l’environnement, l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA), pour répondre au désir grandissant des citoyens d’avoir une eau, un air et des sols propres.

Monsanto décide de prendre les devants et de rentrer en contact avec les représentants locaux de l’Alabama, et plus précisément ils établissent une liaison avec Joe Crockett, le directeur technique de l’Alabama Water Improvement Commission (AWIC). Ce fait est avéré par une note classée confidentielle du 7 mai 1970 expliquant le but de la visite afin notamment « d’informer le représentant sur la situation » (Note de l’auteur : la contamination de l’usine de production des PCB et de ses alentours) mais aussi afin de « développer sa confiance sur le fait que Monsanto essaie de collaborer avec les agences gouvernementales pour définir les effets des PCB sur l’environnement ». Certains diront qu’il ne s’agit que d’une action de relation publique mais qui portera ses fruits puisque M. Crockett assurera en retour à la firme « qu’il ne portera pas ces informations à l’attention du public . Finalement la note confidentielle se conclut par ces mots : « nous pouvons anticiper la collaboration de l’AWIC sur une base confidentielle ». Une collaboration qui sera rapidement mise à contribution.

En effet, en 1970 la Food and Drug Agency (FDA) effectue un test sur des poissons pêchés à la confluence du canal de Snow Creek dans lequel Monsanto rejette des eaux d’épuration contaminées aux PCB. La chair des poissons contenait un taux de 277 ppm alors que la dose tolérée pour leur consommation est de 5 ppm [1]. Dans une autre note confidentielle de la firme, on peut lire « Joe Crockett va essayer de régler ce problème discrètement, sans en informer le public » .

C’est ainsi que les habitants de la région continueront à consommer les poissons jusqu’en 1993, date de la première interdiction de pêche émise par la FDA… Une fois de plus Monsanto savait et a fait jouer ses relations privilégiées pour cacher la vérité aux citoyens et aux habitants de Anniston.





[1Le monde selon Monsanto, MM. Robin, coédition La découverte/ Arte Ed., 2008, p.32