Monsanto renonce à la production de l’hormone laitière artificielle Posilac.

Après avoir lutté contre vents et marées pour gagner la confiance des consommateurs, Monsanto a annoncé le 6 Août 2008, sa volonté de vendre ses unités de production de l’hormone de croissance artificielle pour les vaches laitières (Posilac). Monsanto veut se recentrer sur la vente de semences et l’amélioration des rendements agricoles, un business très lucratif pour la compagnie.

La décision arrive alors que de plus en plus de détaillants en grande distribution, suite aux pressions des consommateurs, mettent sur le marché des produits laitiers provenant de cheptels n’ayant subi aucun traitement à l’hormone artificielle.

Wall Mart, Kroger et Publix, sont parmi les distributeurs qui vendent leur propre marque de produits laitiers garantis sans hormone. Presque tout le lait vendu par Dean Foods, un des plus important groupe laitier du pays, proviendrait aussi de vaches n’ayant pas reçu de traitement, d’après une porte parole du groupe.

Quant aux officiels de Monsanto, ils assurent que la décision de se séparer de leur produit n’est pas liée à cette nouvelle tendance des détaillants et que son produit, vendu sous le nom de Posilac, reste une valeur sure du marché. Cependant Monsanto, basée à St Louis, qui est le seul producteur de l’hormone de croissance laitière, a refusé de rendre public les résultats de ses ventes.

D’après Carl Casale, le vice président de Monsanto pour les opérations stratégiques, la vente de Posilac « permettra à Monsanto de se concentrer sur les semences et les produits liés, le noyau dur de son activité, tout en s’assurant que les producteurs laitiers fidèles continuent de profiter des bénéfices du Posilac. »

L’hormone de croissance laitière, ou Somatotropine Bovine (rBGH), a reçu une autorisation de la Federal Food Agency en 1993, il s’agissait à l’époque de la première demande de mise sur le marché d’un produit alimentaire issu de manipulations génétiques. Lorsque l’hormone artificielle, obtenue à partir d’une bactérie génétiquement modifiée, est injectée aux vaches, elle permet d’augmenter la production quotidienne de lait d’environ un gallon (3.78 litres) par tête. En 2007, un rapport du Department of Agriculture, établissait que 17% des vaches laitières américaines recevaient le traitement. Le Posilac est vendu dans quelques 20 pays à travers le monde.

Cette autorisation a été l’objet d’un débat acharné, et nombreux sont ceux qui ont dénoncé les intrigues de couloir et l’infiltration de l’administration par des anciens salariés de Monsanto afin d’obtenir l’homologation. Ainsi selon le modèle dit des « chaises musicales » (« revolving doors ») Margaret Miller, qui a travaillé chez Monsanto de 1985 à 1989 en temps que chercheuse sur la rBGH, a ensuite quitté la firme de St Louis pour devenir en 1990 « deputy director » du bureau sur les nouvelles drogues animales de la FDA, un poste stratégique pour l’homologation de la rBGH. En 1994, une fois le produit lancé sur le marché, Margaret Miller sera rappelée chez Monsanto pour occuper un poste de direction à Washington.

Malgré l’autorisation gouvernementale, beaucoup d’associations maintiennent que le Posilac est mauvais pour la santé des consommateurs et des vaches. Certains dénoncent aussi les risques cancérigènes pour la population, surtout des cancers du seins, bien que peux de preuves scientifiques aient été apportées pour soutenir ce point de vue. Cependant ces préoccupations ont été alimentées par les refus de commercialisation de nombreux pays, dont le Canada et les pays de l’Union Européenne, qui interdisent l’usage de l’hormone.

« Je pense qu’ils ont compris l’avertissement et renoncé » affirme Andrew Kimbrell, le directeur du Centre pour la Sécurité Alimentaire (Center for Food Safety), une association de défense des consommateurs basée à Washington, et il ajoute « c’est une grande victoire pour les consommateurs ».

Mr Kimbrell pensait déjà que l’idée de mettre l’hormone artificielle sur le marché n’avait pas été judicieuse car elle touchait à un produit alimentaire emblématique de l’enfance. D’après lui, la peur des effets secondaires de l’hormone laitière artificielle a joué un rôle clé dans l’augmentation des ventes de lait biologique, qui ont explosé aux Etats-Unis ces dernières années. La filière bio était la seule garantissant l’absence de rBGH dans le lait puisque en dehors, le reste de la production laitière était mélangé sans possibilité de traçabilité.

L’annonce de Monsanto intervient après plus d’un an de batailles juridiques sur les questions de labellisation des produits laitiers, en vain Monsanto a essayé de persuader les autorités fédérales de traquer les producteurs affichant un outrageux « lait sans hormone artificielle » en arguant que le lait provenant des vaches traitées était le même que celui des vaches non traitées. Cependant il semblerait que le traitement aux hormones entraîne une recrudescence des cas de mammites, une infection des pis provoquant la présence de pus dans le lait, qui nécessite le recours à des traitements antibiotiques, lesquels se retrouvaient en partie dans le lait.

Depuis quelques mois, Monsanto, appuyé par un groupe de « défenseurs » des producteurs laitiers, a lutté pour avoir des lois similaires d’interdiction des labels au niveau des Etats. En Pennsylvanie, le Secrétaire à l’Agriculture avait interdit les labels « sans rBGH », mais sa décision a été invalidée par le Gouverneur de l’Etat après une fronde des associations de consommateurs.

Jim Wekhoven, un producteur de lait, ne cache pas sa surprise après la décision de Monsanto de céder sa marque Posilac dont il était un utilisateur mais il ajoute « d’un point de vue commercial, je comprend très bien pourquoi ils font ça car, à la fin de la journée, celui qui établira les règles ce sera le consommateur. »

Le retrait du Posilac est une victoire majeure pour tous les citoyens, la pression exercée par les groupes de défense des consommateurs mais aussi de protection des animaux, a permis de sensibiliser l’ensemble de la population afin de réclamer une alimentation plus saine excluant les produits génétiquement modifiés. La pression des consommateurs a obligé les grandes chaînes de distributions à prendre en compte cette demande et à refuser d’être approvisionné par du lait contaminé par l’hormone artificielle, conduisant ainsi les producteurs à stopper les traitements afin de pouvoir écouler leur production. Cette victoire nous rappelle que le consommateur reste encore le maître de son assiette mais que la sécurité alimentaire doit se défendre par une mobilisation de tous les instants afin de ne pas se laisser imposer une nourriture industrielle et génétiquement modifiée.

Source : The New York Times, August 7, 2008
Monsanto Looks to Sell Dairy Hormone Business By ANDREW MARTIN and ANDREW POLLACK.