L’Express dénonce "les anti-anti-OGM qui polluent le débat sur le web."

Avec un nom pareil, on imagine qu’Alerte-environnement.org est un site écolo. Perdu : ici, la spécialité, ce n’est pas l’économie d’énergie, ni même la culture bio ; plutôt la chasse, avec comme cibles préférées François Veillerette, président du Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF), qui se bat contre l’industrie des pesticides, Philippe Desbrosses, chantre de l’agriculture bio, José Bové, Greenpeace... Avec l’actuel débat sur les OGM et l’après-Grenelle, il faut dire que les sujets ne manquent pas.

Marie-Monique Robin, auteure du Monde selon Monsanto, prise pour cible.

Mais qui est derrière ce site ? "Gwen Le Gac entourée d’agriculteurs de terrain", affirme la section "Qui sommes-nous ?" du site. Un article du Canard enchaîné de mars 2007 est plus explicite : "Gwen Le Gac œuvre dans la com’. Notamment pour l’agence Regard International, qui s’occupait en janvier dernier du secrétariat général du colloque ’L’agriculture a-t-elle encore un avenir ?’ sponsorisé entre autres par BASF et Monsanto..."

L’hebdo satirique notait déjà dans le même article l’existence d’un site cousin, lui aussi pour le moins orienté, Agriculture-environnement.fr, tenu par un certain Gil Rivière-Wekstein. Le site, actif il y a encore quelques jours, semble connaître des problèmes techniques. Son auteur, dont Le Canard pointait les antécédents en matière "d’intelligence économique", répondait il y a quelques semaines à nos questions. Se disant notamment "perplexe" à propos du documentaire de Marie-Monique Robin Le Monde selon Monsanto, il notait : "La réalisatrice y décrit un monde imaginaire, où tout n’est que complot. Elle s’appuie sur des études soi-disant scientifiques et sur des prétendus spécialistes qu’elle ne cite même pas". Difficile d’être de plus mauvaise foi : le documentaire de Marie-Monique Robin, tout comme son livre, est au contraire truffé de références, un modèle du genre (ce que l’on peut vérifier sur le site d’Arte) ! Les témoins des deux "camps" -agriculteurs, scientifiques, membres de la Food and Drug administration, l’instance qui a facilité la mise sur le marché des OGM aux Etats-Unis, industriels- sont tous cités, la plupart interviewés, et la réalisatrice indique ses sources, notamment sur Internet.

Interviewée par LEXPRESS.fr, Marie-Monique Robin précisait il y a quelques semaines que des amis l’ont alertée concernant des propos malveillants qui la visent personnellement sur le Web, que ce soit dans des articles, dans des commentaires de blogs ou sur des forums. "Certains n’hésitent pas à me dézinguer, expliquait-elle, mais ça ne m’étonne pas. J’explique notamment dans mon documentaire comment la société Monsanto utilise le Web pour attaquer ceux qui dénoncent ses agissements. C’est ainsi, notamment, qu’a été démoli le scientifique Ignacio Chapela, à la suite d’une campagne online orchestrée par Bivings, société de communication sur Internet qui travaille pour Monsanto (les détails ICI, en anglais, NDLR)." Blasée, elle a pris le parti de "ne pas pas porter plus d’importance que nécessaire à ces attaques".

Marie-Monique Robin a quand même répondu en détails, ici, aux allégations du site Pseudo-sciences.org, de la confidentielle Association française pour l’information scientifique (AFIS), stigmatisant la "malhonnêteté stupéfiante" de Marcel Kuntz, qui se présente sur le site de l’AFIS comme directeur de recherche au CNRS. Le même Marcel Kuntz que Gil Rivière-Wekstein, lorsque nous l’avons interviewé, nous citait comme référence pour avoir "un autre avis" sur les OGM... Le site Attac France note d’ailleurs que "M. Marcel Kuntz est impliqué dans les projets de recherche dits FP 4, soutenus par la Communauté européenne et par l’European Plant Science Organisation (EPSO) où l’on retrouve, à côté d’institutions d’enseignement et de recherche, plus de 60 entreprises privées, dont Aventis".

Source : L’Express.fr
Sur le web, les anti anti-OGM polluent le débat par Eric Lecluyse, avec Gaël Vaillant. Le 13 Mai 2008